La première question à laquelle on se trouve confronté.e quand on décide de quitter son travail pour voyager est celle de l’argent. « Waouh, c’est super, mais comment tu vas faire pour vivre ? ». D’ailleurs, il faut bien reconnaître que cette question, on se la pose également. La question est légitime mais il serait dommage qu’elle constitue un frein à ce projet de départ car de nombreuses solutions existent.

J’affirme haut et fort que n’importe quelle famille qui a aujourd’hui un travail peut envisager un projet de voyage à moyenne échéance. D’ailleurs, quand on franchit le pas, qu’on part sur les routes, on croise de nombreux voyageurs.euses qui partent, 6 mois, 1 an ou même plus. Ils n’ont pas gagné au loto, ils ont construit leur propre stratégie de départ. Je les ai interrogés et il m’a semblé intéressant de faire la synthèse de toutes ces pistes et de les partager.

Je vous propose 3 grands axes de réflexion sur cette question du voyage et de l’argent.

1/ Voyager = des frais en moins

Quand on réfléchit à notre argent disponible, on le fait en déduisant toutes les dépenses mensuelles qui impactent notre budget. Et effectivement, après le loyer le gaz, l’eau, l’électricité, les déplacements, la crèche…, il reste à peine de quoi se payer un week-end en camping dans La Creuse 😊.

Or, le calcul est incorrect car il faut intégrer toutes les économies générées par votre nouveau mode de vie nomade.

– Les économies relatives à votre logement

Concernant votre logement, si vous en êtes locataire, vous allez économiser les 500 à 800 euros de loyer que vous payiez précédemment. A ceux-ci s’ajoutent les économies en termes d’électricité et de gaz qui ne sont en général pas négligeables.

Si vous êtes propriétaires, selon la durée de votre départ, vous avez le choix entre la vente de votre bien et la location de celui-ci. Vous avez soit un beau pactole pour voyager, soit une somme mensuelle confortable, ce qui est un constitue un vrai plus.

– Les économies relatives à vos déplacements

Les frais d’essence, les abonnements de transports en commun, aux oubliettes ! Vous avez de plus la possibilité de vendre votre voiture ou de la louer via des sites spécialisés. Si vous craignez pour votre véhicule et préférez le garder en lieu sûr, pensez à modifier votre assurance pour une immobilisation de moyenne à longue durée. Vous réaliserez ainsi quelques économies supplémentaires.

– Les économies relatives à votre mode de vie et à vos loisirs

Quand on est installé dans son quotidien, on a tendance à cumuler des dépenses un peu rituelles comme la pizza du mardi soir, le cinéma du samedi, la piscine du dimanche, les restos avec les collègues, le coiffeur… Mises bout à bout, ces dépenses représentent une belle somme qui sera économisée, sans compter que vous ne dépenserez plus autant pour votre alimentation, vos habits. Si vous partez sac au dos ou en campervan, je peux vous garantir que vos dépenses seront allégées de ce côté-là.

Vous pourriez encore ajouter, selon votre situation, les frais d’assistante maternelle ou de crèche et toutes les dépenses que l’on réalise quand on habite dans un appartement ou une maison (décoration, menues réparations, livres, jeux vidéos …).

En cumulant toutes ces économies, ce sont bien 600 à 1000 euros que vous aurez de disponibles par mois pour voyager.

2/ Financer son voyage, 5 techniques

Bien entendu, il serait imprudent de compter uniquement sur les économies mentionnées précédemment pour construire son budget « voyage ». Il vous faut également choisir une stratégie pour disposer d’un bon pécule pour mener à bien votre projet l’esprit serein. Plusieurs possibilités s’offrent à vous.

– La technique de l’écureuil

Elle consiste à anticiper votre projet de départ au moins un an à l’avance et d’épargner chaque mois dans cette perspective. En voyage en Australie, j’ai ainsi rencontré un couple de trentenaires qui faisaient un tour du monde. Ils nous ont raconté avoir mis de l’argent de côté pendant deux ans pour vivre leur rêve. J’ai également croisé un autre couple qui avait fait le choix de quitter tous deux leur emploi et d’aller travailler six mois en Suisse avant le départ pour partir avec une somme confortable.

– La technique de la fourmi

Comme une fourmi laborieuse, vous pouvez choisir de travailler sur place pour vous constituer votre pactole. Votre démarche sera grandement facilitée si vous avez moins de 30 ans (35 ans au Canada) grâce au permis vacances-travail (PVT) et si vous connaissez quelque peu la langue du pays. Il faut toutefois prévoir en amont ce système de manière à accomplir tout l’administratif nécessaire. Tous les pays ne sont pas aussi ouverts les uns que les autres. Il existe des quotas et certains secteurs géographiques ou secteurs d’activités peuvent être fermés au PVT comme en Australie par exemple. Il faut également ajouter que ce sont souvent les postes les plus difficiles qui sont les plus disponibles (travail à la ferme, cueillette ou construction). Par ailleurs, est-ce vraiment du voyage ?

Pour avoir échangé avec plusieurs jeunes voyageurs en PVT, il me semblait important de mettre en avant ces quelques inconvénients. J’ai croisé des voyageurs désabusés qui se sentaient exploités et n’avaient rien vu du pays. Le PVT peut être une étape intermédiaire pour se constituer une expérience professionnelle tout en mettant de côté de l’argent mais n’en faites pas votre seul mode de voyage. Réservez-vous quelques mois pour voyager.

Bien qu’intéressants par ailleurs, je ne détaillerai pas les volontariats internationaux en entreprise (VIE), en administration (VIA) ou les services civiques européennes (SVE) dans cet article car ils ne constituent pas du voyage au sens nomade du terme.

– La technique de l’araignée

Elle consiste à travailler grâce à la toile, le web, bref, à poursuivre une activité rémunérée à distance par internet. Traduction, rédaction, weddesign…, à chacun.e de trouver le créneau qui peut mettre du beurre dans les épinards. Attention à choisir le bon forfait internet à l’étranger (Free, c’est vraiment pas mal) et le bon pays (Evitez la Chine où tous les accès sont verrouillés) et pensez aux problèmes de connections qui pourraient vous mettre en difficulté.

– La technique de l’orignal

Oui, il s’agit du gros mammifère canadien qui ressemble à un cerf. La première fois qu’on m’a rapporté cette technique, elle venait d’une québécoise alors autant rendre à César, ce qui est à César. Il s’agit de travailler d’une à plusieurs années à temps plein en touchant un salaire équivalent à un temps partiel afin de continuer à toucher un revenu mensuel pendant un an sans travailler. Par exemple, vous travaillez à temps plein 1 an en touchant 80% de votre salaire et, si vous voyagez l’année suivante, vous recevez 20% de votre salaire. Je n’ai jamais entendu parler de cette pratique en France mais j’ai rencontré une allemande qui l’utilisait. Vous pouvez à mon avis décliner le modèle selon le bon vouloir de votre employeur. Je me suis demandée pourquoi ne pas appliquer cette méthode soi-même, c’est-à-dire, ne consommer que 80% de son salaire et en épargner les 20% restants, ce qui permet en plus de faire des bénéfices. Le gros avantage est de trouver un accord avec son employeur et de retrouver son travail au retour. Le cas échéant, la démission est bien souvent la seule possibilité pour partir voyager sur du long terme.

– La technique du castor

Vous avez investi dans l’immobilier et vous avez l’équivalent d’un à plusieurs loyers qui tombent chaque mois. Ça peut également être une bonne technique pour vivre de façon nomade. Le parallèle peut être fait avec l’investissement boursier mais le commun des mortels n’a pas forcément les moyens de vivre uniquement sur cette ressource.

Les 5 techniques énoncées ci-dessus vous permettent de financer votre voyage. Elles sont à combiner avec les économies que le mode de vie nomade vous fera réaliser.

Enfin, 3ème axe de votre budget, vous avez tout un panel de possibilités pour diminuer vos frais sur place.

3/ Diminuer ses frais en voyageant

Bien entendu, si vous voyagez comme un pacha en cumulant hôtels et restaurants 5 étoiles et attractions touristiques à gogo, vos belles économies ne vont pas faire long feu. Cependant, si vous faites attention, vous pouvez voyager très correctement sur une belle durée. A cet égard, les postes « hébergement » et « nourriture » font toute la différence. Ainsi, les différents systèmes qui permettent d’être hébergés et nourris contre travail non rémunéré permettent de se poser une ou deux semaines pour approfondir la découverte d’un secteur et faire des rencontres authentiques avec les habitants.

– Le travail contre hébergement en ferme biologique (Woofing)

De l’anglais « World-Wide Opportunities on Organic Farms », le woofing consiste à réaliser des travaux à la ferme dans des exploitations certifiées biologiques en échange de l’hébergement et du couvert. Le travail est en général assez physique mais c’est une façon privilégiée de rencontrer des gens du cru, voire d’acquérir de nouvelles compétences en vue d’une reconversion en agriculture.

– Le travail contre hébergement chez des particuliers (Helpx et Workaway)

Dérivé du woofing mais plus accessible et plus diversifié, le travail contre hébergement et nourriture se décline chez des particuliers. Le principe reste le même. Contre quelques heures de travail par jour, en général entre 4 et 5, un logement et deux repas vous sont offerts. Les travaux à réaliser et les formules d’accueil diffèrent d’un endroit à l’autre : jardinage, peinture, travaux d’extérieur, tâches domestiques, babysitting, dogsitting contre chambre et salle de bain privatives ou partagées, voire logement privé. Les plateformes de mise en contact les plus célèbres sont Workaway et Helpx. Sur les deux sites, il est possible de visualiser les hôtes gratuitement cependant, pour pouvoir les contacter, il faut s’acquitter d’une cotisation annuelle. Pour avoir testé ces deux opérateurs, j’ai trouvé que Workaway permettait des recherches multicritères plus aisées et plus précises. J’ai payé 37 euros pour une inscription « famille » à l’année. Cela nous a permis d’être hébergés gratuitement pendant quinze jours en Australie, c’est donc très rentable !

– L’hébergement gratuit chez des particuliers (Couchsurfing)

Des particuliers qui vous hébergent gratuitement pour la nuit voire pour le diner, c’est le principe du couchsurfing. Il s’agit généralement d’accueil pour la nuitée seulement. Le site www.couchsurfing.com est bien actif mais je me demande quand même si la pratique est aussi développée qu’avant avec l’arrivée d’Airbnb sur le marché.

– L’hébergement à petit prix chez des particuliers (Airbnb)

Certes, dans certaines grandes villes, certains tarifs peuvent parfois avoisiner ceux des hôtels, mais il est en général possible de trouver des hébergements (logement en entier ou chambre) bon marché. Les tarifs longue durée sont parfois dégressifs. Enfin, les meilleurs affaires se font plutôt en dernière minute. Mais, au-delà de l’hébergement, la principale économie réside dans la nourriture. A l’hôtel, un petit-déjeuner est facturé environ 7 euros par personne, soit 50 euros pour une semaine de vacances. En y ajoutant deux repas par jour à 15 euros (souvent un peu moins cher le midi mais plus difficile à trouver le soir), une semaine de nourriture revient à 260 euros par personne. En Airbnb, à condition que la location comprenne bien le logement entier ou, a minima, l’accès à la cuisine, il est possible de s’en sortir pour 15 euros par jour et par personne (environ 5 euros par repas). Au total, l’économie par semaine et par personne est de plus de 150 euros, une belle somme à consacrer à des activités qui vous font plaisir.

Enfin, l’autre avantage de Airbnb est l’enrichissement culturel. A condition que les hôtes soient bien présents et jouent le jeu, on peut bénéficier de leurs conseils et de leurs bons plans.

– Diminuer votre train de vie en voyage, cuisiner

Le poste « nourriture » permet effectivement des marges de manœuvre très importantes et, pour vous en convaincre, je souhaite ajouter cette démonstration :

En consommant pour 25 euros de nourriture par jour pendant 3 mois (90 jours), vous dépenserez 2250 Euros. En cuisinant des repas simples (pâtes et pommes de terre avec des légumes, sandwichs maisons…) pour 10 euros par jour, votre dépense sera de 900 euros, soit 1250 euros d’économisés. C’est le prix d’un billet d’avion en Australie.

4/ Le dernier conseil de Lifepathtohappiness

Dernier conseil, gardez toujours une marge de sécurité quand vous prévoyez votre budget voyage. Nous-mêmes avons fait face à des dépenses non prévisibles. Nous avons également côtoyé des voyageurs embêtés par des problèmes d’argent.

En conclusion, partir voyager plusieurs mois sans salaire est possible pour une bonne majorité d’entre nous et, s’il existe un frein au voyage, il n’est pas financier. Au contraire, il existe plein de possibilités pour financer ce voyage sur du moyen ou du long terme : économiser, travailler sur place ou à distance, négocier avec son employeur. Deuxièmement, il faut savoir qu’en quittant son mode de vie sédentaire pour un mode de vie nomade, on va réaliser des économies. Enfin, on peut sérieusement réduire ses dépenses et ainsi, augmenter la durée de son voyage en faisant attention aux postes hébergement et alimentation et en intercalant du travail non rémunéré contre hébergement. A chacun.e de combiner les différentes formules proposées pour s’en sortir à son avantage.

Retrouvez cet article en vidéo sur ma chaîne YouTube :

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